Pascal Ruedin, 2012 :
Raphy Dallèves (1878-1940), Autoportrait, tempera sur papier contrecollé sur toile, 35,5 x 30,5 cm, Musée d’art du Valais, Sion, inv. BA 55, legs de l’artiste en 1940 Parmi les principaux artistes de l’Ecole de Savièse, Raphy Dallèves est le seul Valaisan. Son origine ne l’assimile pas pour autant à la paysannerie. Il est issu d’une famille patricienne de Sion. Son père, Raphaël (1829-1895), était avocat et notaire ; d’abord officier au service de Naples, il fit ensuite carrière comme juge, puis comme chancelier de l’Etat du Valais ; il exerça par ailleurs plusieurs mandats politiques comme conseiller municipal et député conservateur (1). Raphy Dallèves lui-même accomplit sa formation artistique à Paris (Académie Julian et Ecole des beaux-arts) de 1899 à 1905, avant de revenir s’installer à Sion comme peintre. Le legs de son atelier à l’Etat du Valais est à l’origine de la création du Musée cantonal d’art en 1947. Le présent Autoportrait fait partie de cette généreuse donation initiale, qui a d’emblée placé l’histoire et la collection du Musée sous l’égide de l’Ecole de Savièse. La production de Raphy Dallèves se rapporte tout entière au Valais central et à ses habitants : paysages, portraits, peintures de genre, dessins d’architecture. Fasciné par l’œuvre de Biéler, Dallèves en est le seul et digne émule. Il se l’approprie toutefois en l’orientant vers un graphisme plus acéré, presque compulsif, et vers une profonde imprégnation religieuse de son thème favori : la paysannerie du val d’Hérens. Empreintes d’une volonté réaliste, quasi naturaliste, ses œuvres révèlent au plus près l’apparence et la physionomie de ses modèles. Etant ici son propre sujet, l’artiste se plaît à représenter les moindres détails de son visage par un dessin sans concession. La mise en page latéralement et spatialement serrée, accentuée par le large cadre en bois, de même que la frontalité de la pose sont sans compromis. Une telle simplicité ne signifie pas pour autant neutralité et objectivité de l’image. Comme toujours lorsqu’un artiste se peint lui-même, l’autoportrait est construit, élaboré, mis en scène, fût-ce par exclusion. Dallèves ne se présente pas en peintre muni de ses accessoires de travail. Il ne livre aucun contexte : ni atelier ni plein air. La frontalité du visage, les lèvres pincées, le regard fixe et profond, l’habillement strict et raffiné, les cheveux soigneusement peignés, la technique de la tempera dépourvue de brillant, le cadre en bois naturel, sont pourtant de précieuses clés de lecture et d’interprétation pour cet autoportrait apparemment peu bavard : c’est le portrait d’un homme modeste et réservé, un bourgeois communiant à l’authenticité supposée de la nature et de la paysannerie, un artiste dont le regard traduit l’intensité contenue de la vie intérieure et de la spiritualité. Autoportrait apparemment « photographique », mais médiatisé par le symbolisme en vogue autour de 1900, qui fait de cette œuvre une variation sur le modèle christique de la Sainte Face, alors remis à la mode par de nombreux autres peintres (Giovanni Segantini, Ferdinand Hodler). Le regard gris-bleu et l’éclairement dématérialisant presque le haut du visage expriment au final le caractère spirituel et inspiré de l’artiste symboliste. 1) Frédéric Giroud, « Dallèves, Raphaël » dans Dictionnaire historique de la Suisse, en ligne à l’adresse www.dhs.ch in: “Raphy Dallèves, Autoportrait, s.d. (vers 1906)” in L’Ecole de Savièse. Une colonie d’artistes au coeur des Alpes vers 1900, dir. Pascal Ruedin, Milan : 5 Continents, Sion : Musée d’art, 2012, p. 150-151. --- Raphy Dallèves (1878–1940), Selbstporträt, tempera auf Papier, auf Leinwand aufgeklebt, 35,5 × 30,5 cm, Kunstmuseum Wallis, Sitten, Inv. BA 55, Nachlass des Künstlers 1940 Unter den wichtigsten Künstlern der Schule von Savièse ist Raphy Dallèves der einzige Walliser, gehörte deswegen aber keineswegs den Bauern an. Er stammte aus einer Bürgerfamilie von Sitten. Sein Vater, Raphaël (1829–1895), war Anwalt und Notar; erst Offizier im Dienste Neapels; später machte er Karriere als Richter; dann war er Walliser Staatskanzler; im Übrigen bekleidete er als Gemeinderat und konservativer Abgeordneter mehrere politische Ämter (1). Raphy Dallèves selbst absolvierte seine künstlerische Ausbildung von 1899 bis 1905 in Paris (Akademie Julian und Kunstschule), bevor er nach Sitten zurückkehrte, wo er sich als Maler niederliess. Aufgrund seines Ateliers, das er dem Staat Wallis vermachte, konnte 1947 das kantonale Kunstmuseum gegründet werden. Dieses Selbstporträt war Teil dieser grosszügigen ursprünglichen Schenkung, welche die Geschichte und die Sammlung des Museums von Anfang an dem Patronat der Schule von Savièse unterstellte. Die Produktion von Raphy Dallèves bezieht sich vollumfänglich aufs Mittelwallis und dessen Bewohner: Landschaften, Porträts, Genregemälde, architektonische Zeichnungen. Dallèves war Biélers einzig würdiger Nacheiferer. Fasziniert von dessen Œuvre eignete er sich dieses an, richtete es jedoch auf eine schneidendere, beinahe zwangshafte Ausdrucksweise aus sowie auf eine stark religiöse Ausprägung seines bevorzugen Themas: die Bauern des Eringtals. Einen beinahe naturalistischen Realismus anstrebend, geben seine Werke das Aussehen und die Gesichtszüge der Modelle realitätsnahe wieder. Da der Künstler hier sein eigenes Modell war, stellte er die kleinsten Details seines Gesichts ohne irgendwelche Zugeständnisse dar. Der horizontal und räumlich knappe Bildausschnitt, durch den breiten Holzrahmen noch betont, und die Frontalansicht sind kompromisslos. Eine solche Einfachheit bedeutet jedoch keineswegs Neutralität und Objektivität des Bildes. Wie immer, wenn sich ein Künstler selbst malt, ist das Selbstporträt konstruiert, ausgearbeitet, inszeniert, auch durch das, was dabei weggelassen wurde. Dallèves stellte sich nicht als Maler mit seinen Arbeitsutensilien dar. Er liefert keinen Kontext: weder im Atelier, noch im Freien. Das von vorne dargestellte Gesicht, die zusammengepressten Lippen, der feste, tiefe Blick, die strenge, elegante Kleidung, die sorgfältig gekämmten Haare, die glanzlose Tempera-Technik, der naturbelassene Holzrahmen, all diese Elemente sind jedoch wertvolle Interpretationspunkte für dieses scheinbar wenig verratende Selbstporträt. Es ist das Porträt eines bescheidenen, reservierten Mannes, ein Bürger, der an der angenommenen Authentizität der Natur und der Bauern teilhat, ein Künstler, dessen Blick die Intensität seines inneren Lebens und der Spiritualität vermittelt. Das scheinbar «fotografische» Selbstporträt unterliegt dem um 1900 beliebten Symbolismus, der aus diesem Werk eine Variante des Vorbilds vom Antlitz Christi macht, das damals von zahlreichen anderen Künstlern wieder in Mode gebracht worden war (Giovanni Segantini, Ferdinand Hodler). Die graublauen Augen und die Aufhellung, welche den oberen Teil des Gesichts beinahe auflöst, drücken letztlich die spirituelle und inspirierte Eigenheit des symbolistischen Künstlers aus. 1) Frédéric Giroud, «Dallèves, Raphaël» in: Historisches Lexikon der Schweiz, online unter www.hls.ch in: “Raphy Dallèves, Selbstporträt, undatiert (um 1906)”, in Die Schule von Savièse. Eine Künstlerkolonie in den Alpen um 1900, Leit. Pascal Ruedin, Milan : 5 Continents, Sitten : Kunstmuseum, 2012, S. 150-151.
