Alexandre Calame (1810 - 1864, peintre, dessinateur, graveur et lithographe)
Voile sur le Léman, à St-Gingolph / Segel auf dem Genfersee bei St-Gingolph


Picture

Frédéric Hueber, 2020 :

Alexandre Calame (1810-1864), Voile sur le Léman avec Saint-Gingolph à l’arrière-plan, vers 1849-1855, huile sur toile, 18,6 x 26 cm. Sion, Musée d’art du Valais, Sion. Inv. BA 342 La provenance de ce tableau n’est pas établie. Signé « A. Calame » dans l’angle inférieur gauche mais dépourvu de date, il peut être considéré de la période intitulée « Lamartine » par l’historienne de l’art Valentina Anker, en référence au poète romantique, plus exactement aux tableaux réalisés entre 1849 et 1855 qui reproduisent dans une atmosphère calme et nacrée des vues de lacs suisses prises, au premier plan, entre une grève naturelle et, au fond, des montagnes vaporeuses qui se confondent avec un ciel bleu parsemé de quelques nuages épars (1). Cette vue lacustre représente d’un point de vue plus rapproché que réel le village de Saint-Gingolph vu des environs de Vevey. Cette identification est étayée par la montagne à l’arrière-plan, en laquelle on peut reconnaître le Grammont, et l’embarcation du premier plan, appelée également barque de Meillerie, du nom de la carrière de pierre du même nom, situé non loin de Saint-Gingolph, d’où ces bateaux à voiles, spécialisés dans le transport de marchandises lourdes, délivraient principalement des pierres de taille, avant d’être supplantés par le chemin de fer et la navigation à vapeur. Bien que la pratique de la peinture en plein air soit documentée dès le XVIIIe siècle, l’effet de raccourci trahit les procédés d’Alexandre Calame, qui travaillait généralement ces tableaux en deux temps : dans un premier temps, le peintre entreprenait des expéditions artistiques, lors desquelles il rassemblait divers motifs sous la forme de croquis et dessins réalisés d’après nature (petites gens, éléments naturels, scènes de la vie quotidienne, paysages…), qu’il reprenait dans un second temps en atelier, où il retravaillait ses compositions et transposait l’ensemble sur toile (2). Intitulées « souvenirs » dans son carnet de commande – une expression intimement liée à l’essor du tourisme alpin –, ces vues de lacs suisses étaient produites en série et destinées avant tout à l’exportation (3). Celles-ci rencontrèrent un tel succès sur le marché de l’art international que certains détracteurs de Calame n’hésitèrent pas à qualifier son atelier genevois de « fabrique de Lacs des Quatre-Cantons »(4). L’authenticité de ses produits était toutefois garantie par deux éléments : la qualité d’exécution et la signature du peintre, comme en témoigne le tableau conservé au Musée d’art du Valais (5). Admiré puis critiqué, Alexandre Calame donna à la peinture alpestre un rayonnement sans précédent à une époque où la question de l’identité nationale joua un rôle crucial dans la géopolitique de l’Europe post-napoléonienne. Malgré les changements de goûts et l’introduction de nouvelles techniques (chevalet rétractable, peinture en tube), son œuvre continua d’inspirer les nouvelles générations de peintres, à l’instar de Ferdinand Hodler (1853-1918) qui peignit à plusieurs reprises cette même vue, en portant toutefois une attention différente aux trois éléments qui la composent : le lac, le ciel et, enfin, le Grammont. 1) Valentina Anker, Alexandre Calame : vie et œuvre : catalogue raisonné de l’œuvre peint, Fribourg : Office du livre, 1987, pp. 143-145. 2) Ibid., pp. 67-74. 3) Voir Eugène Rambert, Alexandre Calame : sa vie et son œuvre d’après les sources originales, Paris : Fischbacher, 1884. 4) Valentina Anker, « Calame, Alexandre », dans SIKART, dictionnaire sur l’art en Suisse, 2015, http://www.sikart.ch/KuenstlerInnen.aspx?id=4000036&lng=fr (consulté le 25 août 2020). 5) Anker 1987, op. cit., p. 74.