Emile Chambon (1905 - 1993, peintre, dessinateur, collectionneur)
Portrait en pied du peintre Pierre-Barthélémy Pitteloud


Picture

Armelle Droval, 1997 :

Emile Chambon (1905-1993), Portrait en pied du peintre Pierre-Barthélemy Pitteloud, 1936, huile sur toile, 194 x 97,8 cm. Musée d'art du Valais, Sion. Don de l’artiste par l’entremise de la Fondation Gottfried Keller en 1983. Inv. BA 1135 Longtemps réservée sinon hostile face aux mouvements d’avant-garde qui ont précédé la Première Guerre mondiale (fauvisme, cubisme, expressionnisme), la Suisse romande considère avec intérêt le développement d'un large mouvement de "retour à l’ordre" dans les grands centres artistiques dès la fin du conflit . Ce mouvement est notamment porté par le purisme français d'Amédée Ozenfant (1886-1966) et de Charles-Edouard Jeanneret, dit Le Corbusier (1887-1965), et par la peinture métaphysique de l'Italien Giorgio de Chirico (1888-1978). Il revalorise le réalisme, qui s'épanouit dès lors dans les formes les plus diverses. En 1922 se constitue dans ce sillage le groupe de peintres genevois «Le Disque» qui «rejette dos à dos le pleinairisme impressionniste et les avant-gardes formalistes» et qui prône le «retour au métier et à la tradition des maîtres (Ingres notamment) » (1). On y trouve les peintres Guy Baer (1897-1985), Henri Meylan (1895-1980), Steven-Paul Robert (1896-1985) et Jean Viollier. Chambon adhère au groupe et expose avec lui dès 1926. C’est cet esprit qu’il communique à l’équipe d’artistes, à peine plus jeunes que lui, qui partagent un atelier commun dans le quartier des Pâquis à Genève et que la critique nomme l'«Ecole des Pâquis» . On y trouve notamment Emilio Beretta (1907-1974), Januarius Decarli (*1907), ainsi que trois peintres d'origine valaisanne ou ultérieurement actifs en Valais: Albert Chavaz (1907-1990), Paul Monnier (1907-1982) et Pierre-Barthélemy Pitteloud (1910-1939), modèle de ce portrait peint par Chambon en 1936. Le style du portrait n'a plus grand-chose à voir avec la manière primitiviste et puriste des premières œuvres de Chambon. Les séjours du peintre à Paris en 1931 puis en Espagne en 1933 orientent ses œuvres vers une manière plus picturale. Le portrait du peintre Pitteloud est tout à la fois marqué par la tradition du portrait espagnol en pied, vu vraisemblablement à travers la médiation d'Edouard Manet (1832-1883), et par l'art d'André Derain (1880-1954). Chambon ne choisit pas de représenter Pitteloud avec ses attributs de peintre. Seules les références à la tradition picturale laissent pressentir le lien du modèle avec le monde de l'art. On a plutôt affaire à un dandy. Le portrait n'est guère traité d'un point de vue psychologique. L'homme se tient droit, le regard absent. Le cadrage étroit enferme les figures dans un isolement et une solitude absolus. Le fond, vide, traité en deux tons, est dénué de toute indication géographique et temporelle. L’atmosphère picturale en devient étouffante. A la limite du surréel, le modèle présente un statisme qui le rapproche d'un mannequin. C'est peut-être en épousant l'esthétique de la Neue Sachlichkeit, qui est celle de Pitteloud lui-même dans son œuvre de peintre, que Chambon communique son empathie avec son modèle et ami. (1) Morand, 1994, p. 69 dans "Emile Chambon, Portrait en pied du peintre Pierre-Barthélémy Pitteloud, 1936” in Pascal Griener et Pascal Ruedin (dir.), Le Musée cantonal des beaux-arts de Sion, 1947-1997. Naissance et développement d'une collection publique en Valais: contextes et modèles, Sion : Musées cantonaux, 1997, p. 284-285.